Une règle, quatre scènes
Le Japon fait courir un plan de table invisible à travers presque toutes les situations formelles ou professionnelles, et une fois que vous le voyez, vous ne pouvez plus l’ignorer. Deux mots font tout le travail : kamiza (上座), la place d’honneur, et shimoza (下座), la place inférieure. La personne la plus haut placée — ou l’invité d’honneur — revient au kamiza. La personne la plus subalterne revient au shimoza, là où le vrai travail se passe.
C’est surtout une affaire professionnelle et de dîner formel. Lors d’un voyage décontracté entre amis, vous n’y penserez jamais. Mais dès que vous êtes en réunion, dans un taxi d’entreprise, dans un ascenseur avec des collègues ou à un dîner de travail, la salle suit discrètement qui s’assoit où. Trompez-vous et personne ne dira rien — ils le remarquent, c’est tout.
Le fil qui relie tout
Voici l’astuce qui vous permet de deviner juste presque à chaque fois : la place d’honneur est la plus éloignée de la porte ; la place de travail est la plus proche.
- Salle de réunion — le kamiza est la place la plus profonde de la salle (devant le tokonoma dans une pièce en tatami) ; le shimoza est près de l’entrée.
- Restaurant / banquet — même logique : les supérieurs vont au plus profond, à l’écart du courant d’air de la porte et du passage vers les toilettes ; le subalterne prend la place côté porte pour héler le personnel et servir à boire.
- Ascenseur — le kamiza est le coin du fond à l’écart du sosa-ban (操作盤 / panneau de commande) ; le subalterne se tient au panneau et actionne les boutons.
- Taxi — le kamiza est derrière le chauffeur ; le shimoza est le siège passager avant, où le subalterne gère le prix de la course et les indications.
Le taxi est celui qui fait trébucher les gens, parce que le « siège avant » ressemble à une position d’honneur dans certaines cultures. Au Japon c’est l’inverse — le siège avant est une tâche. (Et notez l’inversion : si c’est l’hôte qui conduit sa propre voiture, monter à l’avant à côté de lui devient le geste poli, pour qu’il ne soit pas traité comme un chauffeur de maître.)
Ce qu’il faut vraiment faire en tant que visiteur
Si vous êtes l’invité, le jeu le plus malin est d’hésiter. Ne vous précipitez pas sur une place — attendez qu’on vous guide. Votre hôte vous orientera presque toujours vers le kamiza avec un « dozo » (je vous en prie) et un geste vers la place du fond. Acceptez avec grâce.
Si vous êtes du côté subalterne ou hôte, faites l’inverse : dirigez-vous vers la porte, le panneau de boutons, le siège avant du taxi. Portez-vous volontaire pour les places de travail et vous passerez pour quelqu’un d’attentif et de prévenant.
Trois petites vérifications oui/non pour bien l’ancrer.